Dans l’édition du 26 novembre 2008 du Quartier libre, le journal des étudiants de l’Université de Montréal, on présente un minidossier sur l’homophobie sportive à partir de l’enquête effectuée par Simon-Louis Lajeunesse (L’Épreuve de la masculinité). On trouve, en page 5, la réaction de membres de l’équipe de football des Carabins de l’Université de Montréal.
L’entraîneur en chef adjoint de l’équipe, Denis Touchette, déclare dans cet article : «Un homosexuel ne pourrait pas tenir dans l’équipe, il faudrait qu’il garde ça secret.» On peut donc conclure que les homosexuels qui font partie de l’équipe gardent ça secret puisque M. Touchette ne semble pas les connaître. L’auteur de l’article précise que, pour l’entraîneur, ce sport est viril, qu’il a des racines militaires. Dois-je comprendre que tous les militaires gais que j’ai connus n’étaient pas vraiment dans l’armée? Ou alors qu’ils n’étaient pas virils? Et Alexandre le Grand, il n’était pas assez viril pour vous?
De nombreux champions de concours de muscles sont gais. Les modèles de culturisme des années 1950 et 1960 étaient souvent gais. La virilité n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle.
Toutefois, la perception de ce qu’est une personne homosexuelle vient perturber la compréhension du monde d’une personne homophobe. «En refusant les gais (sic), beaucoup d’hommes hétérosexuels dénigrent en réalité quelque chose d’autre qui est indissociablement lié dans leur esprit à l’homosexualité masculine, à savoir la féminité», écrit Daniel Borillo dans l’excellent «Que sais-je?» sur L’homophobie.
M. Borillo rappelle aussi que «l’homophobe se montre moins violent à l’égard des homosexuels/les qui répondent aux stéréotypes de la "folle” ou de la “camionneuse” qu’envers celles ou ceux qui n’affichent pas de signes clairs d’homosexualité.» (p. 98)
En fait, «les réactions les plus violentes de type phobique proviennent en général des personnes qui luttent contre leurs propres désirs homosexuels.»
La construction hétérosexiste de la société est fragile, car elle ne repose sur rien de tangible sinon la procréation. Or, le comportement homosexuel n’a jamais empêché quelque homosexuel que ce soit de faire des enfants.
Afin d’assurer cette domination hétérosexiste, il convient donc de discriminer les comportements qui semblent la contredire.
La meilleure façon de rejeter l’autre est de se prétendre naturel et de croire que tous ceux qui dévient de cette norme ne sont pas naturels et doivent donc être discriminés. C’est un préjugé vieux comme le monde.
Mais essayer en 2008, bientôt 2009, de nous faire croire qu’il n’y a pas d’homosexuels dans l’armée, dans la police, chez les pompiers ni chez les sportifs relève d’un déni infantile de la réalité. Il est bien clair toutefois que si l’on demandait à chacun des membres des Carabins de dire s’il est homosexuel ou pas, chacun dira « non ».
Autre détail de perception intéressant, toujours extrait du «Que sais-je?» : «Beaucoup d’hommes qui assument un rôle actif dans la relation sexuelle avec d’autres hommes ne se considèrent pas comme homosexuels.»
Pour conclure, il faut reprendre l’assertion du demi défensif de l’équipe qui déclare à Quartier libre : «Moi, je suis homophobe en partant, donc si un gars était gai, ce ne serait sûrement plus mon ami.» Reprenez cette citation en remplaçant le mot homophobe par raciste et en remplaçant le mot gai par arabe, est-ce que vous la trouveriez acceptable? Rappelons que l’homophobie est tout aussi condamnable selon la Charte des droits et libertés, que le racisme.
Je dirai donc à ce jeune homme qu’il a fait un premier pas en avouant son problème: l’homophobie. Maintenant, il lui reste à passer à l’étape suivante : la thérapie afin d’être plus sûr de sa propre virilité, ce qui lui permettra de ne plus voir les homosexuels comme une menace.
Francis Lagacé, chargé de cours à l’Université de Montréal







