Les Danois seraient les gens les plus heureux au monde, alors que les Zimbabwéens arrivent en queue de peloton. Métro a rencontré une Zimbabwéenne qui vit maintenant au Danemark.
Quand Cecilia Christensen a quitté le Zimbabwe pour le Danemark il y a 23 ans, ce n’était pas à cause d’une famine, d’un régime dictatorial ou un taux de chômage élevé. Aujourd’hui âgée de 59 ans, cette femme qui se décrit comme une citoyenne du monde a plutôt déménagé par amour. «Pour moi, le bonheur, c’est d’avoir une famille, indique Mme Christensen. Pour moi, c’est ce qu’il y a de plus important, et tout le reste vient ensuite.» Elle précise que la santé est aussi au haut de sa liste.
Le petit bout de femme aux cheveux courts et frisés a grandi auprès de ses deux parents dans la campagne du Zimbabwe. «Nous étions pauvres et nous vivions dans des conditions primitives. Mais mes parents ont travaillé fort pour pouvoir m’offrir une éducation. C’était ce qui était le plus important à leurs yeux», ajoute-t-elle.
Un coup de foudre
Plus tard, la dame est devenue infirmière et elle a travaillé quelque temps en Angleterre avant de rencontrer son mari danois lors de vacances en Jamaïque. «Ç’a été le coup de foudre, et nous sommes déménagés tous les deux au Zimbabwe», raconte-t-elle en cassant un biscuit au dessus de sa tasse de thé.
Même si Mme Christensen vit aujourd’hui dans le pays le plus heureux de la planète, la plupart des membres de sa famille sont encore au Zimbabwe. «Je me sens privilégiée de vivre dans ce pays où tout fonctionne. Il n’y a pas de corruption et il existe des filets de sécurité pour tout le monde, dit-elle, le regard baissé. Qu’est-ce qu’il y a en Afrique? Rien. Si vous n’avez pas un boulot ou une terre, vous ne pouvez pas survivre. La famille, qui a toujours été le filet de sécurité en Afrique, s’effrite. Les familles sont décimées par le sida. Les parents meurent, et les enfants doivent prendre soin des autres enfants.»
Mme Christensen mentionne aussi le nom du dictateur Robert Mugabe pour expliquer pourquoi la situation est si critique dans le pays qui l’a vue naître. «Quand Mugabe a pris le pouvoir, la population a cru qu’elle pourrait avoir un nouveau président, noir, qui comprendrait ses besoins. Mais après 25 ans, rien n’a changé : les droits humains ne sont pas respectés, il n’y a pas d’éducation, pas de travail, se désole-t-elle. C’est un homme sans vision.»
Les yeux de Cecilia parcourent la pièce décorée avec des coussins scandinaves aux motifs colorés. «Au Danemark, nous avons de la chance si nous avons une carrière qui nous plaît, un toit sur nos têtes et une bonne famille. En fait, c’est la même chose au Zimbabwe. Seulement, il n’y a pas autant d’opportunités.»
L’amour qui l’a menée au Danemark n’a pas survécu au poids des années. Aujourd’hui, elle vit seule dans la ville danoise de Ordrup, avec ses quatre enfants à proximité. Elle est heureuse. Il y a quand même quelques ombres à son bonheur. «Je suis triste que ma formation d’infirmière ne soit pas reconnue ici. Et, bien sûr, je m’ennuie de ma famille qui est au Zimbabwe. Mais sinon, je ne peux pas me plaindre. Je suis très heureuse ici au Danemark.»



