La brume dense qui entourait les zodiacs créait une ambiance un peu surnaturelle et mystérieuse. Au départ du navire ancré près de l’Île de Hantzsch, seul le bruit des vagues et du moteur contrastait avec la quiétude créée par l’épais brouillard.
Après quelques minutes de navigation par instruments, nous avons aperçu quelques oiseaux nous survolant. Puis, au fur et à mesure que nous continuions notre chemin, des cris d’oiseaux très aigus, au départ lointains, se sont intensifiés jusqu’à devenir très puissants. Une paroi rocheuse de l’Île à l’apparence spectrale s’est tranquillement dessinée dans la brume, nous permettant, plus nous approchions, d’observer des milliers d’oiseaux nichés sur ses reliefs, criant et virevoltant dans tous les sens. Plusieurs centaines de mouettes tridactyles et guillemots de Brünnich animaient ce mur grandiose, volaient, nageaient et plongeaient à quelques mètres seulement du zodiac.
L’Île de Hantzsch, près de l’Île de Baffin, abrite une colonie d’oiseaux de l’Arctique composée d’environ 120 000 guillemots de Brünnich et 12 000 mouettes tridactyles. On peut aussi y observer quelques macareux moines, bien que beaucoup plus rares. Ces trois sortes d’oiseaux migrateurs ne passent du temps sur l’île que pour y faire leurs nids et se reproduire. Ils passent en effet le reste de leur vie sur la mer. L’Île de Hantzsch étant située dans une région maritime où les courants marins contribuent au dynamisme de la chaîne alimentaire, ces eaux leur permettent d’avoir une diète très riche.
Les guillemots de Brünnich, mouettes tridactyles et macareux moines peuvent coexister au sein de la colonie puisque leur diète et leur façon de se nourrir sont différentes : alors que les mouettes tridactyles se nourrissent plus en surface, les guillemots de Brünnich peuvent plonger jusqu’à 200 mètres de profondeur dans les eaux glaciales de l’Arctique afin d’y trouver leur nourriture.
Par Garry Donaldson, Chelsea (QC)